Armistice (Bermudes 2019)


12 août

Aujourd’hui, c’est ma fête, youpi! On s’est gardé l’un des plus beaux sites à visiter aujourd’hui : les Crystal Caves! Ce sont de magnifiques grottes, et c’est un euphémisme! En fait, c’est digne d’un monde merveilleux! L’une des grottes s’appelle d’ailleurs Fantasy Cave.

L’histoire de la découverte des grottes est tout aussi fascinante que leur apparence. Ce serait deux adolescents qui auraient découvert les grottes par hasard, en 1905. En jouant au criquet (influence britannique oblige!), les deux garçons ont perdu leur balle. En tentant de la récupérer, ils ont réalisé qu’elle était tombée dans un très grand trou. Ils sont retournés chez eux pour prendre la plus grande corde qu’ils avaient et une lampe au kérosène. Ils sont descendus dans le trou à l’aide de cette corde et ont ainsi pu découvrir les grottes et leurs multiples tunnels inondés. Ils se sont perdus là-dedans et, éventuellement, ont dû nager dans le noir pendant plus de trois heures, la lampe étant à court de kérosène (le cauchemar de Vincent, qui n’est pas très à l’aise dans l’eau!). Heureusement, ils ont finalement réussi à sortir. Mais ils n’ont jamais retrouvé leur balle de criquet. Incroyable comme histoire, non? J’ai une petite pensée pour les treize garçons thaïlandais qui sont restés coincés dans leur grotte inondée l’an dernier… Quelle frousse ils ont dû avoir!

Toujours est-il que je remercie ces deux étourdis et intrépides de 1905 d’avoir découvert les grottes, car aujourd’hui nous pouvons visiter ces merveilles. Nous sommes à 65 pieds sous terre et devant nous, l’eau de la grotte est tout aussi profonde. Elle est tellement limpide qu’on dirait que le fond est à portée de main! On aperçoit aussi quelques téléphones et lunettes de soleil, qui attendent patiemment le ramassage annuel des objets tombés dans l’eau… Notre sympathique guide nous explique que l’eau de la grotte provient de l’Atlantique (il n’y a d’ailleurs aucune source naturelle d’eau fraîche dans tout le pays!) et qu’elle est ici au niveau moyen des mers. Sa limpidité exceptionnelle est due à l’obscurité totale de la grotte (quand les touristes n’y sont pas, bien entendu!), qui rend le foisonnement de la vie impossible.

L’eau dégouline sur la roche, ramasse le carbonate de calcium et recrée de la calcite dans des formes sculpturales. Toutes les parois de la grotte sont grandioses et finement ouvragées par l’eau : partout, des stalagtites et des stalagmites, bien sûr, mais aussi des formations géologiques joliment nommées rubans, feuilles et drapés. Mais ça ressemble aussi drôlement à des tranches de bacon! J’imagine que ça aurait fait un nom moins poétique et moins cohérent avec les autres, qui évoquent de vaporeux tissus... La grotte recèle aussi des espèces de gros stalagmites appelés chandeliers qui, apparemment, ne se retrouvent nulle part ailleurs au monde! Quand même! Ça me fait un très beau cadeau de fête! Mention spéciale à notre guide qui, à l’aide de sa lampe de poche, projette l’ombre d’une stalagmite et le transforme ainsi en Bouddha qui danse le floss!

Mon appareil-photo ne s’étant pas encore remis de sa ballade sous la pluie la veille, j’emprunte celui de Vincent. Il est découragé de le reprendre à la fin de la visite, plus de cent clichés plus tard… Lui qui ne photographie qu’un lézard, un couple d’oiseau et des grenouilles, peut-être une fois par jour, et toujours en peu d’exemplaires… Mais que voulez-vous! Les grottes, ça fait partie de la famille des roches, non? En plus, c’est ma fête, alors j’ai le droit! Vive le numérique… Imaginez-moi au temps de l’argentique!
Après notre visite, on s’arrête en face manger une bonne pizza au fameux Swizzle Inn, apparemment la plus vieille bâtisse de toute l’île, datant du 17e siècle. Pas si vieux que ça, pensez-vous? Normal! Apparemment, l’île n’était pas habitée avant qu’un navire y fasse naufrage, au début des années 1600. Cela s’expliquerait entre autres par le fait que les Bermudes sont nées d’une éruption volcanique et n’ont jamais été rattachées au continent. Elles n’ont donc pas pu traîner qui que ce soit à la dérive, contrairement à d’autres archipels.

Notre heure de lunch tombe à point nommé, car de fortes averses s’abattent sur les passants pendant qu’on bouffe au sec. C’est la deuxième année où il pleut à ma fête! La seule autre fois dont je me souvienne, c’est à mes 23 ans. Normalement, il fait beau, le 12 août. Je vous le dis si jamais vous cherchez une date sûre pour planifier votre camping…

On termine le repas en face à la crémerie Bailey’s. Dans la catégorie « parfum de crème glacée insolite » (voir le voyage à Cape Cod et sa crème glacée au homard pour plus d’information là-dessus...), je goûte à celle à la gelée de tomates des Bermudes! En fait, c’est très bon, ça goûte un peu le caramel! Dommage que « parfum de crème glacée » ne soit pas une catégorie de Scattergories, mon jeu préféré! J’avais une réponse inusitée toute prête!

Le soleil se pointe à nouveau et on décide d’en profiter. Apparemment, il y a des sentiers de randonnée pas trop loin. On marche un peu et on découvre une petite plage à mangroves avec une bucolique vue sur l’aéroport. Les garçons barbotent dans l’eau pendant qu’on relaxe sur fond de boeing qui décolle. Puis, on rentre au cottage et on écoute « Kung Pow », une parodie des films de kung fu, en mangeant des cochonneries et du gâteau au chocolat que Vincent a acheté la veille à l’épicerie! C’est mon gâteau de fête surprise, qu’il a eu beaucoup de mal à cacher dans notre si petit 2 ½!

Une fois les enfants couchés, Vincent et moi on regarde un épisode de la huitième saison de « Game of Thrones », ce qui compromet grandement ma nuit de sommeil, toute hantée que je suis par l’image (et les grognements) des marcheurs blancs… J’aurais préféré les Perséides dehors, mais c’est nuageux et lumineux, alors on oublie ça.

Pour ma fête, j’avais demandé l’armistice aux garçons. Une trêve de « T’es con », une absence douce de « T’es un bébé ». La disparition des coups et des cris, une pause de « T’es un caca, regarde dans la toilette, il y a le reste de ta famille qui flotte ».

Bon. Je ne peux pas vraiment dire que mon souhait ait été exaucé (c’est peut-être à cause du manque d’étoiles filantes?). Mais les coquerelles, elles, ont bien saisi le message. Je n’ai vu personne se faufiler sur les murs, les rideaux ou le carrelage. C’est ça, ma fête!

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