Prime trois étoiles!

 

J’ai toujours eu un attrait magnétique pour les voyages. Enfant, je jouais fréquemment avec mes parents à Globetrotters. Dans ce jeu de société, on vogue, vole et roule d’aventure en aventure afin de récolter des clés, nous retrouvant parfois aussi au casino, sur des îles paradisiaques… ou perdu dans les contrées gelées des pôles de la planète. Je ne comprenais pas grand-chose aux cartons d’aventure — nous possédions la version anglaise — mais la mappemonde du plateau m’amenait à rêver. J’apprenais par cœur les différentes villes importantes et capitales représentées dans le jeu, je tentais de mémoriser l’emplacement de chaque pays, je m’imaginais m’envoler vers chacune des destinations illustrées sur les faux billets d’avion qu’on récoltait. Dans mes fabulations enfantines, j’y étais réellement. Dans ce jeu de stratégie, mais également de chance, le cours des événements nous amène parfois loin de notre destination originale. Le résultat du dé s’avère plus élevé que souhaité? Chouette! Voici l’occasion rêvée de tenter sa chance au casino de Macao! La cagnotte comporte un billet d’avion vers les Seychelles? Et pourquoi pas un petit détour pour ramasser la fameuse « mémoire spéciale », qui permet d’identifier une ville comme étant déjà visitée! L’aventure de Madrid nous envoie en expédition scientifique au Groenland? Zut! On perd tout notre argent, tous nos billets d’avion et on risque de mettre plusieurs tours à sortir de ce trou! Une partie pleine de revirements de situation, où ton tour de jeu peut te permettre de rafler plusieurs clés d’un coup… ou bien s’arrêter net après ton premier jet de dé si tu as la malchance de tomber sur le turn ends. 


Parmi les surprises positives que recèlent les cartons d’aventure des différentes villes, on retrouve les primes de voyage et les primes trois étoiles. La première offre au joueur l’occasion de se déplacer immédiatement n’importe où sur le continent. La seconde, elle, ouvre les portes de l’ensemble de la mappemonde. Pour mes 40 ans, j’ai donc reçu une prime trois étoiles : mes parents, connaissant mon amour indéfectible pour l’ailleurs, m’ont offert un généreux montant pour concrétiser un projet de voyage. Joie immense!!! Mais où aller? Véritable junkie de voyage, j’irais n’importe où sur la planète, pour peu qu’on ne doive pas emprunter de bateau — cinétose oblige. Je voulais aller partout, en même temps. Comme dans Globetrotters, je sentais cette responsabilité de ne pas « gâcher » la chance qu’on m’offrait. Pas le temps de choisir un banal tout-inclus dans le Sud! Je me suis rendue à la bibliothèque et j’ai dévalisé au hasard les rayons des guides de voyage : Sri Lanka, Roumanie, Nouvelle-Calédonie, Nicaragua… J’ai fantasmé pendant plusieurs semaines en feuilletant 50 voyages de rêve. J’ai dressé une liste mentale des contrées les plus exotiques auxquelles je pouvais songer. Heureusement, contrairement à la prime trois étoiles de Globetrotters, la mienne ne devait pas être consommée immédiatement.


Finalement, j’ai adopté la même approche que dans le jeu de société. Lorsque l’aventure nous offre une prime trois étoiles, c’est le moment de choisir des destinations très stratégiques ou difficiles d’accès sans ce coup de pouce. Londres, Tokyo ou même Manille représentent souvent de bons choix : on n’accède à ces villes situées sur une île qu’en détenant l’unique billet d’avion qui y mène ou en gaspillant son prochain tour pour emprunter un bateau. Ainsi, je me suis demandé quel endroit serait impossible à visiter sans l’aide de mon cadeau. L’Afrique, le seul continent à part l’Antarctique où je n’avais jamais mis les pieds, s’est tout de suite dessinée. J’ai toujours été attirée par l’Afrique, qui représente pour moi la quintessence de l’ailleurs. Je rêvais de visiter cette terre gorgée de (trop de) soleil. Le premier livre que j’ai emprunté à la Bibliothèque de la danse Vincent-Warren, lors de mon arrivée à l’École supérieure de ballet, fut un bouquin volumineux sur la danse africaine — je ne l’ai que feuilleté, mais qu’importe. Une bonne partie de mon adolescence a été rythmée par la comédie musicale du Roi Lion.


Dans Globetrotters, l’Afrique reste un continent difficile à travailler : les trois villes donnant accès à des clés sont écartelées aux extrémités du continent, reliées par des chemins truffés de trouble spots, ces endroits qui mettent fin à ton tour et te coûtent cent dollars. Dans la vraie vie, l’Afrique me semblait également hors de portée, vu le prix des billets d’avion pour s’y rendre. Le projet méritait assurément une prime trois étoiles!


J’ai toutefois dû négocier un plan de match avec ma douce moitié. Vincent était resté mi-figue, mi-raisin de son voyage au Maroc, en 2016. Il n’avait pas aimé se trouver en position d’homme blanc privilégié parmi une population moins choyée et redoutait qu’un tel scénario se reproduise. Il voulait plutôt visiter l’Asie. Moi, je ne voulais pas « gâcher » ma prime de voyage dans ce coin du monde, certes magnifique, mais où j’ai déjà passé un bon bout de temps. Vincent a finalement pensé que l’Afrique pourrait être intéressante pour y observer des animaux, surtout avec Zoélie. C’était décidé : nous allions voir l’Afrique du Roi Lion! 


Mais… c’est grand, l’Afrique! Il fallait réduire les possibles et choisir un seul pays. J’ai épluché de nombreux guides portant sur plusieurs destinations, demandé conseil auprès de communautés de voyageurs sur des groupes Facebook, consulté une agente de voyage, étudié ses propositions dans tous leurs détails, bâti des itinéraires potentiels. J’ai considéré un circuit organisé en Tanzanie, puis une escapade routière de camping en Afrique du Sud, et enfin un entre-deux au Kenya. J’ai fouillé, fouillé, fouillé pour dénicher un plan de match safari qui conviendrait pour une enfant de trois ans, dans le respect de notre portefeuille. Ah oui! On a voulu rajouter un séjour à la plage dans l’équation (tant qu’à dépenser pour sortir du Québec en janvier, aussi bien se saucer dans des mers chaudes, que nous n’avons pas ici). Bref, des mois et des mois de préparation, à un point tel où je me suis dit que toute cette anticipation représentait peut-être le véritable cadeau que j’avais reçu. Finalement, on n’était pas trop chauds à l’idée de rencontrer des requins dans l’eau froide de l’Afrique du Sud et nous avons dû écarter la Tanzanie, vu le prix des billets d’avion et des options de safari adaptées. Le Kenya a donc remporté la partie!



Prime trois étoiles, on arrive! Cap sur le Kenya!


Commentaires

  1. Quelle belle façon de nous mettre en appétit! On attend la suite avec impatience!

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  2. J'attends à la fois la suite et d'essayer une partie de globetrotteur !

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  3. Merci à Céline pour ce partage de ton blog, Méli. C’est tellement bien écrit: j’ai hâte à lire la suite.

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