Big Brother (I'm watching you!) (Bermudes 2019)
10 août
Aujourd’hui, la météo est supposée être légèrement plus
clémente que pour les jours à venir, alors on décide de se rendre à Elbow
beach, apparemment l’une des meilleures plages du pays. Et c’est en effet
magnifique! On découvre le célèbre « sable rose », constitué de
plusieurs fins débris de coquillages rougeâtres. Il ne fait pas très beau, en
fait il pleut légèrement, alors nous avons la très grande plage à nous tous
seuls!
Les enfants (et Vincent) passent un bon moment à se faire
ramasser par les vagues « Ben » et les vagues « Bourral ».
Pour les non initiés : les termes « Ben » et « Bourral »
ont été introduits dans la langue française à l’été 2011 par Camil, alors âgé
de trois ans, qui nous a piqué une crise pour ne pas manger ses nouilles, qui
étaient Ben et non Bourral (ou l’inverse, je ne sais plus trop. C’était un double bind, de toute façon). C’est
seulement après plusieurs crises de la sorte que nous avions fini par en
déduire que le premier terme désignait des nouilles en long et le deuxième, des
nouilles de petite forme comme les macaronis (ou l’inverse, je ne sais plus).
Encore aujourd’hui, de peur de générer des rechutes, je ne cuisine que des
nouilles Bourral à mes enfants (macaronis et cie)… Je ne suis pas certaine du
comment du pourquoi de la réapparition de Ben et Bourral à ce point-ci du
voyage. J’ai sans doute ressorti cette histoire pour couper le clapet à Camil
qui se plaignait du chignage incessant et inutile d’Ariel, pour lui montrer
qu’il nous en avait fait entendre, lui aussi, de ces cris exaspérants… Toujours
est-il que les vagues Ben, ce sont de petites vagues, et les vagues Bourral, de
très grosses vagues (tiens, l’inverse des nouilles, c’est curieux… Quel
glissement sémantique peut expliquer le phénomène?) et qu’on est tombés sur une
plage très Bourral!
On complète notre après-midi en visitant les jardins
botaniques, où l’on grimpe dans les figuiers aux racines aériennes et où
Vincent initie un jeu de Minotaure dans le labyrinthe de haies, ce qui nous
amuse beaucoup. En chemin, la discussion nous mène à parler d’État-Providence,
de capitalisme, du contrôle de l’État dans les pays communistes, de la gauche
et la droite… J’ai une intéressante discussion avec Camil à ce sujet. Selon
lui, les gens devraient travailler pour avoir des sous, sauf s’ils n’en sont
pas capables, auquel cas c’est bien que le gouvernement les aide. À l’arrêt de
bus, c’est à Ariel de nous raconter comment il trichait dans certains jeux du
cours d’éducation physique, non sans une pointe de fierté. Et Vincent tente de
lui expliquer comment les jeux existent grâce aux règles, que de transgresser
les règles annule le jeu et que sans jeu, on ne gagne rien du tout. Espérons
que ça fasse son chemin…
Dans le bus, une vieille dame s’approche de Camil et secoue
son index devant son visage « You stole my seat! », qu’elle lui
reproche. Je demande à Camil de changer de siège et elle s’assoit à côté de
moi. Il y avait plusieurs places libres à l’avant du bus (nous sommes à
l’arrière), j’ignore pourquoi elle ne s’est pas assise là, malgré les
invitations des passagers. Elle doit être une habituée de ce trajet, choisissant
probablement toujours la même place. Je remarque qu’ici, on traite les aînés
avec beaucoup de respect (ceux du bus, en tout cas). Je note aussi chez cette
dame mulâtre foncé une particularité que j’ai observée chez plusieurs autres
personnes ayant la même couleur de peau : ses iris sont brun foncé avec un
léger contour bleu! C’est vraiment spécial! Probablement le résultat de
plusieurs générations de métissage.
Ce soir-là, on profite de l’internet pour la première
journée du voyage! Woot woot, super upgrade!
C’est Renee, la gentille voisine, qui est venue nous aider… à réaliser qu’on
avait oublié une majuscule dans le mot de passe… Je me sens vraiment niaiseuse!
Ça nous aura permis de faire connaissance avec elle et d’échanger un peu. Elle
nous a aidés hier en essayant de contacter notre hôte Air BnB, qui est de sa
famille (son neveu, je crois). D’ailleurs, tous les gens qu’on rencontre ici
sont calmes, gentils et serviables. C’est agréable, on sent qu’on peut avoir
une vraie conversation avec eux et qu’on n’est pas perçus comme des
porte-monnaie ambulants, contrairement à d’autres endroits dans cette partie du
monde (quoique Les Bermudes sont plus proches des Açores et des États-Unis que
des Caraïbes ou de l’Amérique centrale). J’imagine qu’avec un tel niveau de
vie, la nécessité de récolter des dollars aux étrangers est moins présente.
C’est en brossant mes dents qu’une autre coquerelle sort de
sous (et non pas de dans, fiou…) ma trousse de toilette, ce soir-là. Comme elle
est un peu plus grosse que Mini et Titi, j’en déduis que c’est leur grand
frère. En l’honneur de nos discussions à saveur idéologiques, je le nomme donc
Big Brother et lui lance un grave « I’m watching you » pendant qu’il
se faufile sous le tapis de bain. Ne vous en faites pas, Big Brother n’est
qu’une coquerelle Ben!
Ben et Bourral! Vive les blogues pour nous rappeler ces moments savoureux!
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