Very Big Brother
11 août
Pour la journée la plus pluvieuse du voyage, on choisit un
site intérieur : l’aquarium et le zoo (même si, finalement, plusieurs
sections se trouvent à l’extérieur). On reprend la même ligne de bus. Après
seulement trois jours dans les transports en commun, je commence déjà à
reconnaître certains passagers : cette vielle dame à la canne, la jeune
femme enceinte, le jeune homme au sac de sport gris… Je comprends mieux les
salutations amicales des chauffeurs que j’avais remarquées lors de notre
premier trajet!
L’aquarium est pas mal, mais n’accote pas celui de Québec,
Sydney, Kuala Lumpur ou Hong Kong. Je pense que je suis devenue snob de
l’aquarium à force d’en visiter partout autour du globe. On va devoir renommer
ce blogue « Les snob-danseurs »! Il y a tout de même des homards
Bourral (gros comme des chats!) qui m’impressionnent et ce « fun
fact » (J’adore cette expression anglaise! A-t-on un équivalent
respectable en français?) au sujet des pieuvres : comme elles n’ont pas de
squelettes, elles peuvent se faufiler dans n’importe quel trou, même de la
grosseur d’un 25 sous, pour peu que leur bouche ronde et solide puisse passer!
J’essaie d’imaginer la scène au ralenti et je me dis que ce doit être
fascinant! Le zoo aussi me laisse sur ma faim (ben oui, il était interdit de
bouffer les animaux, c’est-tu plate…). Plusieurs animaux demeurent
introuvables. Je me souviendrai toutefois du large groupe de flamants roses.
C’est sûr qu’ils sont beaucoup plus beaux en vrai qu’en plastique…
Comme il pleut beaucoup et qu’Ariel est fatigué, on retourne
manger à la maison (à quinze minutes en bus). Puis, Vincent part en mission à
l’épicerie et je joue à des jeux de société avec Camil dans la cuisine pendant
qu’Ariel se repose. Une heure trente plus tard, il fait enfin soleil, Vincent
est de retour, Ariel est réveillé, Camil veut se reposer et moi, ça me démange
de faire une activité dehors. Je n’ai jamais aimé passer beaucoup de temps à la
maison et en voyage, j’ai particulièrement de la difficulté à accepter de ne
pas TOUT voir du pays…
Finalement, Vincent, qui veut se rafraîchir, reste jouer
avec les enfants et je retourne marcher sur la Railway Trail. J’en profite pour
photographier les coquettes maisons toutes colorées qui égaient le pays. Jaune,
ocre, rose, lilas, pervenche, lime, caca d’oie, beige, corail, « Chaque
maison a une couleur différente, chaque maison a une couleur différente » (comme
aurait pu le dire un certain cocher du Vieux-Québec rencontré en 2000). Si bien
que cela en devient plus important que l’adresse pour reconnaître son logis.
« What color is your house? », nous a demandé d’emblée notre
chauffeur de taxi, à l’arrivée. Notre petit cottage est en grosses pierres de
calcaire gris, avec des plantes qui poussent dans tous les trous de la pierre
et des grenouilles minuscules (plus petites que les coquerelles) qui s’y
cachent, émettant un concert de sons stridents la nuit venue!
Parlant de roches, elles occupent aussi plusieurs de mes clichés
lors de ma promenade. Mon père raconte souvent en riant la fois où j’avais reçu
mon premier appareil-photo en cadeau, l’été de mes 6 ans. Je photographiais
chaque caillou et ça l’a beaucoup marqué. Plusieurs générations de Nikon plus
tard (et heureusement, on est maintenant à l’ère du numérique!), mon amour du
minéral ne s’est toujours pas érodé (Ah, quel jeu de mots! Papa, es-tu fier de
moi?). Que voulez-vous, je trouve ça beau, moi, les formes et les couleurs du
sol et des murs de la Terre! Toujours est-il qu’ici, je suis fascinée par les
parois rocheuses du sentier : de grosses pierres rectangulaires et
régulières s’agencent avec les roches naturelles en stries diagonales. On a
construit l’ordre sur, autour et avec le chaos de la nature. Le sauvage et le
réfléchi ne font qu’un, quel bel amalgame!
Bon, c’est ben le fun, là, mais il pleut beaucoup. Ça a beau
être une pluie chaude très confortable, ça devient périlleux pour mon
appareil-photo. Je rentre donc en longeant la mer et je découvre un petit coin
de roches (de belles roches noires criblées de petits trous en demi-cercles.Voilà
pour les amateurs de géologie.) où on retourne pour se trempotter les pieds le
soir venu, pendant qu’Ariel s’amuse à garrocher chaque caillou qu’il trouve
dans l’eau turquoise. On a dû faire preuve d’astuce pour y arriver : les
gars ne voulaient pas sortir du cottage. Encore une fois, Super-Vincent s’impose
comme héros du jour en proposant d’amener les chips. Ce qui lui a mérité des « Oh!
Je t’aime Vincent! T’es le meilleur! » de la part d’Ariel. Bon câll, Vincent!
Cette promenade m’a rappelé Macao et nos randonnées entre
Hac Sa et Cheoc Van. En fait, ça me fait beaucoup penser à Macao, ici. Same same : les routes sinueuses le
long de la mer, la conduite à gauche, les liens avec le Portugal, la
végétation, la chaleur, l’odeur de moisi des armoires de cuisine, la communauté
philippine (j’ai même entendu parler tagalog dans le bus!)… Mais bon, c’est
quand même pas pareil. But different :
moins de Chinois (pas un seul sauf des touristes bostonnais), pas de cannot, moins d’humidité, moins de
broche-à-fointisme, pas de « Ok laaaaaaaa », pas de marché pas cher
où la bouffe est délicieuse…
C’est encore dans la salle de bain que je rencontre la
nouvelle coquerelle du jour, légèrement plus grosse que celle d’hier. J’en déduis
que c’est le frère de l’autre, Vincent le surnomme donc Very Big Brother. Comme
ça, les gars sont dans la salle de bain et les filles (Mini et Titi), dans la
cuisine. Je me demande s’ils se chamaillent autant qu’Ariel et Camil…
On ne se tanne pas... on voit très bien le mur du sentier!
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