Le repérage raté du repaire de pirates
Comme toute bonne arrivée à l’étranger, le tout se déroule de manière un peu chaotique. On commande un Uber à partir de la carte eSim que Vincent a pris la peine d’acheter en amont du départ, mais le service semble difficile à arranger. Les chauffeurs de taxi rôdant autour profitent du flottement pour nous conter des peurs, dans l’espoir de ramasser notre bidou. « Les routes sont trop mauvaises pour vous rendre dans ce coin-là, personne ne voudra vous y emmener! » Ah oui? Mais toi, tu y vas? Hum… pas trop logique, comme discours! Ils nous offrent un prix beaucoup plus élevé que celui d’Uber, alors on ne se laisse pas berner. On finit par retrouver notre chauffeur, au fin fond du stationnement, puis on part à la recherche du Lewisky Homestays and Tours, à quelques kilomètres seulement de l’aéroport.
Bon, j’avoue que l’état de la chaussée laisse à désirer, mais monsieur Uber ne s’en formalise pas. En réalité, on semble s’être ramassés au beau milieu de nulle part. À l’endroit où devrait se trouver notre logement, on tombe sur un terrain vague. On arpente l’artère de long en large, rien ne ressemble à la tour d’habitation avec piscine affichée sur mon courriel de réservation. Bizarre… Il faut dire que l’adresse fournie demeure imprécise : seulement un nom de rue et un quartier, ainsi qu’une petite portion d’une carte Google. J’avais relevé ce détail sans m’en préoccuper, lors de ma préparation, supposant que le système d’adresse fonctionnait davantage avec les noms d’édifices que les numéros civiques, comme c’est le cas à Macao. Là-bas, on n’a qu’à balancer « Botte les beaux! » ou « Papa Poule! » pour que le taxi nous emmène à bon port et les colis parviennent à destination avec la simple mention « Hellene Garden, Estrada nova de Hac Sa, Coloane, Macau SAR ». Mais là, très peu de maisons ou d’édifices bordent la Airport Road de Syokimau, près de Nairobi. On revient sur nos pas, on retourne, on avance, on recule, on emprunte des petites routes perpendiculaires qui ne mènent nulle part, on va au nord, au sud, puis re-au nord, puis rebelote. Rien. On s’informe auprès des gardiens de sécurité des demeures voisines, le nom Lewisky Homestays ne leur dit pas grand-chose. Je révise encore et encore les informations sur mon courriel de réservation — que j’ai pris la peine d’imprimer — mais je ne décèle rien de nouveau. On n’a pas encore de carte SIM locale, on n’a pas envie de payer des frais d’itinérance exorbitants, mais notre chauffeur accepte gentiment de passer un coup de fil avec son appareil. Pas de réponse. Évidemment… Le courriel de réservation indique qu’il faut appeler à l’avance si on croit arriver après 23h30 et nous avons dépassé cette heure. Je ne m’étais pas souciée de cette mention, car en atterrissant à 21h20, je n’aurais pas pensé qu’on aurait mis autant de temps pour se rendre à un hébergement situé à quelques kilomètres seulement. Du reste, aucun courriel n’était fourni, seulement un numéro de téléphone du Kenya, même pas disponible sur WhatsApp. Pas très pratique pour les voyageurs internationaux! Le courriel indique aussi que Lewisky Homestays propose d’aller chercher ses clients à l’aéroport. Nous, on est indépendants, on a l’habitude de se débrouiller et on a pensé que ce service coûterait sûrement plus cher qu’un simple taxi ou Uber, donc on n’a pas fait de démarches en ce sens. Visiblement, on aurait dû : avec tout ce zigonnage, on va sûrement débourser autant qu’avec l’un des taxis proposés à l’aéroport… Coudonc, on a-tu réservé auprès d’une secte ultrasecrète qui en profite pour séquestrer les voyageurs naïfs? Sommes-nous le butin de pirates du tourisme? Vient-on de plonger dans un jeu d’évasion, à la recherche d’indices obscures nous permettant de dénicher l’adresse exacte de notre hôtel? J’ai beau adorer ce genre de scénario dans un contexte ludique, après deux vols de huit heures, je me passerais bien de ces énigmes inutiles.
Bref, après plusieurs tentatives d’appel et trois quarts d’heure à circuler sur le même bout de rue, on abandonne. On réserve une chambre dans un hôtel aperçu pas trop loin. Il est passé minuit, on est claqués et affamés et le départ de la chambre doit se faire à dix heures le lendemain. Ce sera une courte nuit… Une bonne douche pourrait nous réconforter, mais il n’y a pas d’eau chaude. Je pense bien qu’on va s’endurer pour ce soir. On s’étend tous les trois dans le lit King, complètement vannés. Bienvenue au Kenya!
*Merci à Janie Richard, agente chez Voyage Club Évasion, pour l'achat des billets d'avion!
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