Hong Kong en éclats littéraires (2025)
Souvent, les voyages se construisent par petits moments, par de brefs clichés ou de simples choses un peu cocasses qui s’agencent pour donner le portrait du séjour. On n’en fait pas une anecdote complète, on ne se lance pas dans une réflexion doctorale sur la situation, mais on peut les collectionner, comme autant de cartes postales qui nous transportent, en un seul cliché et quelques phrases, dans une réalité exotique. Voici donc Hong Kong en quelques éclats littéraires.
Dans les rues de Hong Kong, deux phénomènes attirent l’attention des gars : les échafaudages en bambou (ils m’ont marquée aussi, il y a quinze ans) et les murs couverts de plusieurs exemplaires d’une même affiche, souvent imprimée sur des feuilles de papier aux couleurs fluo.
À l’entrée de la tour d’habitation où nous logeons, un gentil gardien de sécurité aime beaucoup Zoélie. Le premier jour, il lui offre des biscuits. Elle comprend très vite le concept, réclame son dû à chaque passage. Le gardien rigole. L’amour du bibi : classique asiatique!
« J’ai envie de pipi, Maman! » Oh, non! On n’est pas encore rendus à notre hébergement! Dans la station de métro Mong Kok, l’une des plus grosses du réseau, la course au pipi s’enclenche. Je scanne les lieux. Toilettes de la station? File interminable! Commerces autour? Pas de toilettes visibles! J’emprunte au hasard l’une des 16 bouches de sortie du métro, ma fille dans mes bras. Sur les trottoirs bondés de la grosse artère, je cherche désespérément une solution. Zoélie pleure, elle n’arrive presque plus à se retenir. De retour à notre appartement, je télécharge l’application Flush, qui permet de repérer les toilettes gratuites aux alentours. L'app ne précise pas, toutefois, celles dont la chaîne part toute seule...
Déniché au marché de Temple Street : un jeu de « Cnuno ». Presque…
Aux étals du marché de nuit, on achète la fameuse soupe de serpent locale. C’est mou, ça goûte le poulet, c’est bon!
À la recherche d’ingrédients pour nous concocter des dîners sur le pouce, je me rends dans une petite épicerie locale. Un homme installé en plein milieu de la rangée répare le plafond. Les étincelles de sa soudure s’échouent juste à côté du présentoir de tranches de jambon. On repassera pour les garnitures de sandwich…
Fin d’après-midi, on veut commander des thés au lait et aux boules de tapioca, un classique de Hong Kong. Puis, on se souvient qu’on ne doit pas boire l’eau locale. « Mais il n’y a pas d’eau dans cette boisson, affirme la vendeuse, juste du thé et de la glace! » Euh… Qu’est-ce que j’ai mal compris dans la recette?
Au Temple Chi Long, Zoélie et moi, on compte les bras des statues divines. Ici, Bouddha a 2, 4, 8, 18 et même 44 membres! Aucune preuve visuelle disponible, parce que les photos, ici, c’est cannot!
Partout dans la ville, des passerelles piétonnières couvertes enjambent les grandes artères. Aujourd’hui, férié du 1er janvier, elles se remplissent de petits groupes s’y installant pour pique-niquer, sur une bâche. L’espace de transit devient lieu de rencontre sociale. L’ambiance est gaie, dynamique. Certaines personnes discutent en appel vidéo sur leur téléphone, en mode mains libres. La plupart des femmes sont voilées, habillées modestement. Il s’agit peut-être d’Indonésiennes travaillant comme aides domestiques? Le long des édifices, je remarque aussi des tentes d’où s’échappe une musique festive. Passerelles et bordures d’édifice : la place où chiller! Lorsque tu habites chez ton employeur, l’intimité n’a pas d’espace, la réappropriation des lieux devient essentielle.
Dans le métro, sur la rue, j’observe des femmes et des écoliers, dont les sacs sont systématiquement décorés de toutes sortes de gugus pendouillants : petits toutous dans un étui transparent, porte-clés de mangas, figurines de plastique, alouette!
En visite dans Soho, on prévoit souper chez One Dim Sun, resto réputé pour ses petites bouchées typiques de la cuisine locale. L’endroit s’avère minuscule, notre famille de cinq ne peut pas s’installer aux quelques tables fournies — elles sont d’ailleurs toutes occupées. On prend pour emporter, on cherche un parc ou un petit coin de verdure pour déguster le tout, en vain. Finalement, on s’assoit en tailleur à même le trottoir d’une rue en pente qui semble tranquille. On savoure chaque petit baluchon de pâte humide fourré au porc, aux légumes ou aux crevettes. La sauce nous dégouline des doigts, on cochonne grandement le pavé, mais on se régale!
Pour rejoindre le métro, on emprunte Ice House Road. On turlute à tue-tête Maison de glace, un air traditionnel québécois composé par Réjean Brunet, tout en traversant l’intersection où des bus rouges à deux étages attendent leurs passagers. Je ne voyage jamais sans mon Québec en tête!
Pour célébrer le temps des fêtes, des projections de Noël accompagnées de musique animent les surfaces de la demi-douzaine de gratte-ciels qui nous entourent. Impressionnant! On danse avec Zoélie, elle tournoie au bout de nos bras dans les airs, rit de bonheur. Souvenir impérissable.
Le Gros Bouddha de Hong Kong suscite beaucoup de questions pour Zoélie. Pourquoi on va aller à l’intérieur du Boddha? Est-ce qu’il a des muscles, Bouddha? Mais pourquoi il ne parle pas, Bouddha? Est-ce qu’il est une femme, Bouddha? Et vous, qu’en pensez-vous?
Nouvelle mode à Hong Kong : les commerces de machines à grappins! Il n’y en avait aucun, du temps où je visitais la ville. Maintenant, on en croise une dizaine par jour.
À côté du Parc Kowloon, le babillard du poste de police affiche une vingtaine de photos de personnes recherchées, de tout acabit. Leur point commun : tous des dissidents, des partisans du mouvement indépendantiste qui auraient tenté d’influencer l’opinion populaire. Récompense : 1 000 000 de dollars par tête de pipe! Visiter Hong Kong post-2019 : une autre réalité.
Riz indonésien ultra-piquant, roulés aux arachides croquants et compacts, restants d’oie juteux (« goose! »), durian nauséabond, petits pains sucrés moelleux… L’improbable touski du déjeuner de départ!
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