Baraka, partie 4 : Endroits périlleux et plaisirs d’asphalte (Kenya 2025)
Une fois traversés, on casse la croûte avec la boîte à lunch préparée par le chef Sam et on reprend l’odyssée vers Naivasha. La C76, classée route régionale, mériterait plutôt le titre de sentier de randonnée. Point de bitume, évidemment. Que de la poussière, de la garnotte et même de gros caps de roches qu’il faut contourner ou grimper. Les Gravol au gingembre sont assurément la meilleure invention de l’homme, juste après Doodle et la machine à popcorn. Je repense encore au jeu Globetrotters. Sur le plateau, des points rouges représentent des villes importantes, qui sont reliées par des traits. On retrouve aussi des points noirs pour certaines villes qui ne permettent pas de gagner des clés ou des mémoires, mais qui sont tout de même accessibles par avion. Enfin, la carte est parsemée de villes mineures représentées par des points blancs, qui mettent fin à ton tour, ainsi que des endroits périlleux, les points blancs marqués d’un X, qui mettent fin à ton tour ET te coûtent 100$ (en d’autres mots : t’as pas d’affaire là!). Dans le jeu, le continent africain reste très difficile à travailler. Seulement trois villes importantes (c’est selon le jeu, ça ne représente pas mon opinion réelle, soit dit en passant) marquent le territoire : au nord, Casablanca et Le Caire et, complètement au sud, Johannesbourg… Entre ce triangle écartelé, quelques villes noires, comme Nairobi, mais une grande majorité de points blancs et de points avec X. Depuis le début du voyage, j’ai l’impression de me balader sur le plateau de jeu, roulant d’un endroit périlleux à l’autre. L’Afrique (du moins le Kenya) m’apparaît aussi impraticable dans la vie réelle que dans Globetrotters. Dans ce coin reculé, j’apprécie tout de même pouvoir observer davantage de Maasaïs habillés de manière traditionnelle, le long de la route : couverture carreautée, torse nu, cou orné de bijoux en petites billes, un grand bâton à la main… J’aperçois également des enclos à bétail semblables à ceux de Bomas of Kenya, ainsi que les mêmes maisons-huttes du site, mais recouvertes de bâches plutôt que de terre et de paille. Une déco plus tendance en 2025, j’imagine! Les Maasaïs qu’on croise guident leurs troupeaux de chèvres et de moutons. « Non, stop, stooooop! Y’a des animaux! », hurle Zoélie. Il faudrait les observer avec nos jumelles, comme lors des safaris. Trop chou! À ses yeux, tous les animaux sont également exotiques et dignes d’attention! Mais peut-être a-t-elle raison, au fond.
Quarante-cinq minutes plus tard, on sort enfin de la pseudo-route régionale. Le chemin qu’on rejoint, toujours en terre battue, s’avère à peine mieux. On traverse une série de petites bourgades poussiéreuses sans arbres. Quelques cabanes en tôle s’alignent le long de l’artère principale sur laquelle nous roulons. Les devantures, peintes de couleurs criardes, égaient le portrait. Très joli! De vieilles dames vendent des oignons et des fruits sous un étal de toile déchirée, une charrette tirée par trois ânes transporte un amoncellement de bidons d’eau en plastique. Sentiment d’être ailleurs, dans un trou perdu, en plein cœur de l’Afrique.
Parlant de se retrouver au cœur du pays, on arrive finalement à l’équateur. Une première pour moi de me tenir sur cette ligne imaginaire centrale, à mi-chemin entre les deux pôles! Un homme exploite un petit commerce de babioles au bord de la route. Il nous fait aussi la démonstration que l’eau tourne dans un sens différent selon l’hémisphère où l’on se trouve, entretenant le mythe tenace. Dans un seau percé, il dépose quelques brindilles du côté nord de la pancarte indiquant l’équateur. Sens horaire! Puis, on bouge de quelques pas et on recommence la même manœuvre. Sens antihoraire! Eh bien, voilà un habile prestidigitateur! Après son petit numéro, l’homme demande ce que nous allons faire pour l’encourager. Confus, on se concerte et on lui offre un dollar américain, mais il n’a pas l’air content. Oups… Soit le montant est trop bas, soit on a mal compris son intention et il se sent insulté. Ça m’embête toujours de me retrouver dans ce genre de situation. Concrètement, on ne lui a pas demandé de se prêter au petit jeu de la démonstration de l’effet Coriolis. Aussi, ce n’est pas exactement comme s’il s’agissait d’une manœuvre digne du Cirque du Soleil. Donc je ne serais pas portée à offrir un plus gros montant. Quant aux babioles, on n’a pas vraiment envie de se procurer quoi que ce soit juste pour acheter. Je finis par prendre une photo des annonces de tours qui tapissent son petit commerce, en mentionnant que je la montrerai à toute personne qui cherche des activités de ce genre. Peut-être pas l’implication attendue de notre part…
Après deux heures de route tape-cul, le paysage change enfin. Nous sommes entourés de montagnes verdoyantes, les arbres bordent le chemin, le soleil de l’heure dorée nous accompagne. Les enfants reviennent de l’école, vêtus de leur uniforme, mais aussi de tuques et de cotons ouatés ou de gros manteaux. J’avoue que je m’attendais à plus chaud que ça, à l’équateur. Mais à 20 degrés Celsius, ça ne mérite tout de même pas l’attirail du Bonhomme Carnaval, il me semble. Enfin, chacun son frette! Côté surface, on passe au niveau supérieur, la gravelle se raffine et fait éventuellement place au bitume. Joie! Je repense à Gabriel, qui riait de mon étrange manie de noter systématiquement la beauté d’une chaussée nouvellement réparée. Le plaisir de l’asphalte neuf (ou de l’asphalte tout court) me poursuit ici aussi, rehaussé par le contraste avec la brousse qu’on a traversée toute la journée. Qu’il fait bon rouler tranquille, tout en évitant les dépassements douteux des matatus et des camions!
Juste à l’extérieur de Naivasha, on aperçoit un petit centre commercial (surveillé par des gardiens de sécurité…) où l’on décide de s’arrêter faire quelques courses. Guichet (le gardien dort dans le coin de la pièce), petite épicerie pour le déjeuner, souper de poulet et de chapatis. On mange ces espèces de crêpes succulentes à l’arrière du centre, dans un petit jardin où des singes courent le long des branches d’arbres et sur le terrain. Un petit module de jeu permet à Zoélie de se dégourdir un peu. Bien mérité, après cette grosse journée de déplacement!
Pour faire changement, on trouve très facilement le logement, en arrivant à Naivasha. Wow! On s’améliore vraiment! La localisation épinglée, voilà le truc pour se repérer au Kenya! En plus, l’appartement s’avère magnifique et très coquet! De jolies moulures en bois foncé ornent toutes les pièces. L’eau chaude de la douche fonctionne bien, un lit king (encore!) nous permettra de nous reposer, pendant que Zoélie profitera d’un matelas double juste pour elle. Gros luxe!
En retournant chercher les bagages dans la voiture, Vincent remarque deux crevaisons. J’avoue qu’on en a demandé beaucoup à notre pauvre petit VUS! Je suis même surprise que les dégâts ne soient pas plus graves que ça. Fair enough, comme ils disent en anglais! Ça doit être ça, le 100$ à débourser en tombant sur les endroits périlleux de Globetrotters.
Quelle description! C’est comme si on y était!
RépondreSupprimerÇa ne brassait pas trop? Tu as tout de même réussi à lire dans la voiture? ; )
SupprimerToute une route ça !!!
RépondreSupprimerC'était assez mémorable en effet!
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