Girafe, partie 5 : Macao à Nairobi, de Nairobi à Macao (Kenya 2025)
On a passé une nuit correcte dans notre Air BnB excentré, malgré les matelas tout emballés et la horde de chiens qui a jappé du soir au matin. Le logement, qui compte plusieurs chambres et des espaces communs partagés, est magnifique. D’élégantes moulures de bois ornent les murs crème ainsi que le muret de la salle de séjour, découpé en escalier. Une subtile odeur d’humidité flotte dans la place. Avec ce look et ces effluves, ça me rappelle notre appartement dans la tour Calendula, à Macao. Dans la cuisine, la femme de ménage récure le plancher à l’aide d’une guenille, pliée en deux sur son ouvrage. Grosse journée en perspective! Une musique congolaise de rumba, rappelant celle des Caraïbes, enveloppe cette scène matinale.
C’est dimanche, on se rend au Marché Maasaï, qui se tient aujourd’hui dans le stationnement à étages d’un grand centre commercial chic. On repassera pour l’expérience bucolique… Les vendeurs, qui débutent leur journée, semblent très heureux de nous voir. Certains se montrent assez insistants, quelques-uns offrent des petits cadeaux à Zoélie, puis se fâchent si nous ne leur achetons rien. Des rangées et des rangées de produits artisanaux s’alignent ici : objets utilitaires en paille tressée, sculptures de bois ou d’ébène, porte-clés, robes de coton africain, poterie… Je dois dénicher quelques vêtements pour la fille kenyane de la personne du groupe Facebook Communauté BB Jetlag qui m’a beaucoup aidée dans la préparation du voyage. On se procure aussi quelques souvenirs, dont une magnifique boîte qui a la forme de l’Afrique et qui détaille tous les pays du continent — je suis d’ailleurs surprise que Vincent m’encourage à l’acheter, lui qui considère ma collection de boîtes comme le pire ramasse-poussière de la maison. Pressée par le temps, je me procure aussi deux couvertures traditionnelles maasaïs aux couleurs éclatantes, que je négocie à peine, ce qui réjouit la vendeuse. Ah, que j’haïs ça, marchander! Vincent secoue la tête, découragée. Mon rapport à l’argent fluctue beaucoup, on dirait… Je n’ai peut-être simplement pas l’âme d’une commerçante?
On rejoint la foire alimentaire du Centre Yaya, juste à côté. Avant de commander, on laisse jouer Zoélie dans les châteaux gonflables installés sur le toit de l’édifice. Coût de l’entrée au parc? Environ 10 dollars canadiens. Un rien pour nous, une fortune pour plusieurs. Monde absurde… Le dîner se déroule sous une thématique chinoise : on mange de délicieux dim sum en contemplant le panneau publicitaire géant qui annonce le… casino Macao!
Retour au logement pour une ultime sieste et le paquetage final des valises en mode avion. Une panne d’électricité nous surprend. Plus de wifi, plus d’eau chaude! Ça tombe mal, car j’étais sur le point de charger mon cellulaire, presque à plat, et on n’a pratiquement plus de données. On comptait aussi se commander de la nourriture par UberEats, car le coin reste assez désert, mais ça tombe à l’eau ça aussi. Avec le peu de données restantes, on repère un restaurant arabe pas trop loin, Vincent part en mission pour nous rapporter un souper. Après une heure trente, je commence à m’inquiéter. Le restaurant n’est qu’à deux coins de rue, comment se fait-il que ce soit aussi long. Je n’ai aucune façon de le rejoindre. Et s’il était arrivé quelque chose? La gentille femme de ménage m’offre de partager ses données, mais Vincent ne répond pas. Je suis morte d’inquiétude. Il réapparaît finalement, 1h45 après son départ. Le premier restaurant visité devait préparer toute sa viande avant de pouvoir nous servir un repas. Ne voulant pas vivre le « Jour de la shawarmarmotte » et répéter les erreurs de Mombasa, il a préféré chercher un autre endroit, transformant le projet en rallye dans ce quartier quelconque plongé dans la pénombre. On mange à la lueur des chandelles, on prend une douche froide — brrr! L’électricité revient juste avant notre départ. « Bienvenue au Kenya! » balance notre hôte, Florence. Apparemment, ce genre de bris de service est très courant (pardonnez le jeu de mot poche). Florence nous reconduit à l’aéroport. Elle est super gentille! Elle occupe un bon emploi, mais la location de logements lui permet d’arrondir les fins de mois. Nous sommes ses premiers clients AirBnB, la plupart des autres voyageurs utilisant plutôt la plateforme Booking.com. Elle est surprise de l’histoire de la localisation épinglée qui était erronée. Il doit y avoir eu confusion parce qu’un autre lieu au centre-ville de Nairobi prote le même nom., elle va vérifier auprès de la personne qui a monté l’annonce du logement sur AirBnB. Je regrette d’avoir présumé qu’elle nous avait transmis une mauvaise adresse intentionnellement.
À l’aéroport, l’obsession locale pour la sécurité se poursuit : il faut d’abord sortir de la voiture et entrer dans une petite guérite où un employé balaie nos téléphones, puis se soumettre à un premier contrôle dès l’arrivée à l’intérieur. Enfin, on repasse un contrôle complet avant de se rendre aux portes d’embarquement. Là, on nous confisque même nos fourchettes. Jamais vu aussi parano, c’est pire qu’aux États-Unis! Et puis, pour faire changement, le bureau de M-Pesa où je veux vider notre compte ne peut pas nous remettre nos sous, car… ils n’ont plus de monnaie! Typique!
Un petit mot pour vous partager que j’ai décidé, dorénavant, de compenser les émissions de GES liées à mes déplacements aériens via le site Carbone Boréal. Camil vous dirait qu’il ne s’agit que d’une vaine technique pour se donner bonne conscience, mais je me dis que ça vaut tout de même mieux que de ne rien faire du tout. Je me demande si nous pourrons encore voyager en toute liberté d’esprit, d’ici dix ou vingt ans. Les déplacements aériens seront-ils pointés du doigt comme peut l’être aujourd’hui l’absence de recyclage ou l’utilisation de sacs de plastique à l’épicerie? Il n’y a pas si longtemps, ces mêmes gestes qui sont aujourd’hui intégrés à notre quotidien paraissaient marginaux, voire inutiles. Le voyage se classera-t-il dans cette même catégorie? En attendant, la compensation des émissions de GES est un petit geste (mais quand même coûteux pour un voyage comme celui que nous avons réalisé…) qui a du sens pour moi, pour aider cette planète absurde sur laquelle nous respirons.
On voulait voir l’Afrique du Roi Lion? On a été servis! Je rentre à la maison les yeux pleins de bons souvenirs animaliers ou paysagers : les girafes de Nairobi qui grignotent dans le creux de nos mains, Baraka le rhinocéros aveugle qu’on flatte doucement, les lionnes qui se prosternent à l’heure dorée à Nairobi National Park, les zèbres qui broutent sur fond de Mont Kenya, les éléphants du David Sheldrick Wildlife Trust qui se roulent dans la boue, les imposantes gorges de Hell’s Gate National Park qui nous renvoient « La gigue c’est cool! » en écho… Je reste aussi marquée par les humains rencontrés lors de ce voyage : les fascinants danseurs de Bomas of Kenya, Mama Lolo et son histoire de vie incroyable, Abdallah avec qui on chante Jambo Kenya à tue-tête, Ruth, la guide extrêmement gentille, Lemi et sa connaissance océanique, Gloria et sa petite vidéo en KSL… Certes, ce voyage n’aura pas été de tout repos. D’aucuns vous diront qu’on aime ça compliqué. Peut-être, mais ça vaut la peine pour découvrir un pays comme le Kenya et sa culture! Un seul conseil primordial, ma foi : si vous visitez le pays en solo, engagez un chauffeur! Car on va se le dire, rouler à gauche et prier le dieu des assurances ne suffisent pas à rendre l’expérience fluide!
Au moment d’écrire ces lignes, la famille prépare un autre grand voyage où, cette fois-ci, les gars nous accompagneront. Un autre rêve de longue date qui se concrétisera. Le privilège, je vous dis, de vivre tout ça dans ma vie, sur notre planète absurde! Maintenant, cap sur… Macao!
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